Bran (le corbeau, animal sacré des Celtes) est dans la cour du palais. Il entend de la musique dans son dos. Il se retourne… mais la musique est toujours derrière lui. C’est une musique douce qui l’endort.

En se réveillant, il a une branche d’argent dans la main. Il se rend alors à une réception du roi pour ses guerriers. Soudain, une femme magnifique apparaît, sans que personne ne la connaisse ni ne sache d’où elle est arrivée. Elle chante à Bran une chanson qui vante les délices du Tir Nah-Nog, puis elle se retire avec la branche d’argent.

Le lendemain, Bran part sur la mer avec trois barques de neuf hommes. Deux jours après, ils rencontrent un char, celui de Manannan Mac Lir, le souverain de l’Autre Monde. Manannan chante une chanson à Bran et à ses hommes et les invite à continuer leur chemin.

Peu après sa rencontre avec Manannan Mac Lir (le Manxois, ou habitant de l’île de Man, fils de Lir, l’Océan), Bran arrive devant l’« île de la joie ». Toute personne qui débarque sur cette île se met à rire aux éclats et se moque des autres. Un matelot de Bran en fait l’expérience, ce qui conduit Bran à renoncer à débarquer dans cette île.

La prochaine île qu’ils rencontrent est l’« île des femmes ». Le décor y est totalement différent : un groupe de belles jeunes filles les accueille. La reine envoie à Bran une pelote de fil qui atterrit dans sa main et s’y accroche. La reine tire sur le fil et tracte le bateau jusqu’au quai. Chaque matelot est invité à choisir une des filles comme compagne, la reine se réservant Bran comme compagnon. Dans cette île, tout est merveilleux : le temps est clément, la nourriture inépuisable et succulente, les filles sont douces et tendres… c’est le paradis.

Et, dans ce paradis de l’« île des femmes », Bran et ses compagnons « se la coulent douce ».

Cependant, un jour, Nechtan, fils de Collbran, prend envie de rentrer chez lui, alors que tous ont l’impression d’avoir passé au maximum une année dans l’île enchantée. Ses compagnons demandent à Bran d’accepter le retour de Nechtan, c’est-à-dire le départ de tous. À regret, Bran et tous ses compagnons reprennent la mer. Au bout de quelques jours, ils arrivent au port où ils ont embarqué. Celui-ci paraît changé, et le vieux marin qui est sur le quai leur est inconnu.

« Qui êtes-vous et d’où venez-vous ? » demande le vieux marin.

« Je suis Bran, fils de Febal, nous venons du Tir na m-bea et je ne vous connais pas. »

« Moi non plus, je ne reconnais aucun d’entre vous. »

« Cependant », dit le vieux marin, « mon grand-père disait qu’une ancienne chronique parlait d’un certain Bran qui avait disparu avec trois fois neuf hommes plus de deux cents ans auparavant, c’est-à-dire il y a maintenant trois cents ans. »

À cet instant, Nechtan, impatient, pose le pied sur le quai, et son corps tombe en poussière.

Bran et ses matelots font alors demi-tour, et on ne les a jamais revus.